
Quelles raisons peuvent m’inciter à me ruer sur un roman de littérature young adult alors que j’étais en pleine relecture des principales tragédies de Shaekespeare ?
Mon faible pour les jolies premières de couverture à l’atmosphère poétique ? Sans doute. Un titre un peu mièvre et intrigant à la fois ? Pour sûr. Peut-être aussi parce que le résumé évoque une histoire d’immaculée conception et que cette notion m’a fascinée durant toutes mes années de catéchisme, au point que j’espérais être à mon tour inséminée par la volonté divine, comme la vierge Marie (alors qu’en réalité, j’ai fini par l’être, bien plus tard, par des types pas toujours fréquentables).
Immaculée est l’histoire de Mina, une jeune fille de 17 ans qui tombe enceinte. L’expression tomber enceinte prend ici tout son sens puisque la nouvelle lui tombe littéralement dessus, aussi violemment et insidieusement qu’un rappel de charges impayées avec mise en demeure d’huissier, la figeant dans l’incompréhension la plus totale. Et pour cause : Mina est vierge. Absolument, totalement, intégralement vierge. Cette élève modèle, populaire, heureuse, choyée par une famille aimante et entourée d’amies fidèles a bien un petit ami (beau, intelligent et tout-à-fait formidable, évidemment), avec lequel elle n’a toutefois jamais vu le loup. Comment expliquer l’inexplicable ? Comment trouver une justification à un test de grossesse positif quand on a la certitude de ne jamais avoir eu de relation sexuelle ?
Pour couronner le tout, voilà que se pointe, dans la pizzeria qui emploie Mina, une vieille femme qui, telle l’oracle des pepperonni, prétend la connaître et lui parle de son futur enfant. La conversation ne dure que quelques secondes avant que l’énigmatique vieillarde ne disparaisse, déstabilisant plus que jamais la jeune fille qui n’avait pas vraiment pas besoin de ça, déjà bien assez traumatisée par son Clearblue positif. L’étrange rencontre couplée à la confirmation médicale de la grossesse mettent alors Mina sur la seule piste envisageable : celle d’une conception divine – suggérée par l’oracle quatre fromages.
Comme on s’y attend, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre – d’abord dans son lycée puis dans toute la ville – et l’opinion se scinde. D’un côté, ses ennemis qui la harcèlent, la menacent et l’humilient quotidiennement, prétendant qu’il est honteux d’essayer de camoufler son passif de petite traînée sous des airs de Sainte Vierge, et de l’autre, ses quelques soutiens – principalement des membres de sa famille et de rares amis – qui acceptent la thèse de l’immaculée conception et décident de l’épauler tout au long de cette grossesse hors norme.
Dit comme ça, ça à l’air un peu niais mais pour être franche, j’ai vraiment passé un bon moment de lecture avec ce livre que j’ai enquillé en une petite journée. La fin du roman n’est que le début d’une nouvelle aventure et sitôt achevé, on attend avec impatience d’attaquer la suite. C’est un cool roman pour ado, qui traite de tout un tas de sujets qui les touchent directement : la triste réputation des lycéennes qui assument leur vie sexuelle, le harcèlement via internet, les rumeurs et leurs lourdes conséquences etc… C’est aussi un bon roman et aussi pour les vieilles mères de quarante balais qui sont trop allées au catéchisme et voulaient être bonnes soeurs pour voir apparaître la Saint Vierge façon Sainte Thérèse de Lisieux (est-ce que je vous juge, moi ?). Bref, voilà un roman plutôt agréable qui aborde d’une façon assez originale et contemporaine le concept d’immaculée conception et qui, pour le coup, vaut la peine d’être lu.
Chronique publiée pour la première fois en mai 2016 sur CX Break et dinosaures.
